Deux Vols de Lenclume

Un spectacle en images

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Où des nouvelles de Bertrand Foly sont mises en couleurs par Didier Majewski et Jean Ballon, mises en voix par Marie-Pierre Feringue, Marie-José Billet et Emmanuel Plovier, et mises en musiques par Colette Lucidarme.


La rencontre de trois nouvelles

Avec trois voies

La peinture

La musique

La lecture

Les origines

En mai 2003, au Biplan (Lille), ont eu lieu les premières Lectures Colorées autour d'une nouvelle de Bertrand Foly.
Le succès de cette première expérience nous a incités à créer sur cette base un véritable spectacle.

Les Lectures Colorées sont une occasion régulière de rendez-vous entre la littérature et un (ou plusieurs) autres arts (peinture, vidéo, photo, danse, musique, chant,...) à plusieurs voix et sur plusieurs voies.
Deux autres nouvelles se sont jointes aux Deux vols de Lenclume (qui donne son titre à l'ensemble),
ce sont Couloir à grande circulation et Short short's story.

Deux Vols de Lenclume

Victorien Lenclume s'attache un temps aux bégonias, puis déteste les fleurs. Il préfère se laisser glisser dans les airs et butiner les cheminées.

Victorien Lenclume est l'homme le plus célèbre du monde, enfin il aurait pu. Mais le monde regarde ailleurs, sans même rêvasser. Le monde regarde le monde et ne voit pas Victorien.

Les deux vols de Lenclume c'est la naissance, l'enfance, la gloire possible et la mort d'un homme ordinaire qui possède le don de voler. Mais où est la réalité ? Personne n'a vu Victorien voler. Alors s'il n'y a pas de témoin, y a t il eu événement ?

Extraits :

« 21 juin 1952. C'est l'été de la Saint Jean. La nuit la plus courte de l'année. Ils seront quelques uns dans le pré, au croisement de la route de Mouflet et du chemin des pâturiers, à s'enflammer autour d'un bûcher. Des feux brilleront dans tous les regards, reflets parfois du seul brasier. Des mains voyageront de nuques en rondeurs, quand d'autres se contenteront de raviver le foyer par simple attrait ou par vaine cruauté. Si les baisers s'échangent dans le noir, les flammes attisent les désirs et leur objet.

(....)

Un instant plus tôt sur l'appui de fenêtre, quand il eut vérifié l'authenticité des plantes, Victorien Lenclume, devenu plus savant mais guère plus équilibriste, tente la manoeuvre du retour. La marche arrière, à quatre pattes sur une corniche, est délicate. Il recule sa jambe droite, la plus extérieure, la plus voisine du vide. Cherche un appui. Croit le trouver. Le croit seulement. La Terre, aguicheuse, use de tout son pouvoir attractif. Il chute.

Il prend peur et s'agrippe à ce qui veut bien se laisser agripper. Charmés d'être ainsi conviés, les bégonias croient bon d'accompagner Victorien plutôt que de le retenir. Ils chutent.

Ne se sentant plus le goût au jardinage l'enfant laisse tomber l'objet de son étude. Comme le chiot qu'on jette à l'eau d'instinct sait nager, lui sait en étendant les bras, voler.

Planer serait plus exact. Il ne joue pas à agiter les membres pour aller voir les nuages par dessous. Il se laisse guider par les airs. Comme un qui fait la planche au long d'une rivière, sauf que lui voit la Terre d'en haut au lieu de voir le ciel d'en bas.

(...)

Pour manger, au petit déjeuner, de grosses tranches de pain blanc, beurrées demi-sel et trempées dans le café au lait, il faut d'abord faire chauffer le lait. Parfois il se sauve, mettant à profit les rêveries du dîneur.

Ce sont là les seuls débordements de Monsieur Victorien Lenclume.

Pas de sucre. Pas de confiture. Personne en vis-à-vis - il y a longtemps que Ma'ise, sa mère, ne quitte plus sa chambre avant l'heure de "Tournez Manège" - juste les casseroles rouges, vertes et jaunes imprimées sur le papier peint. Pas de tapisserie à fleurs. Pas de fleurs. (...) »

.....................

Diaporama Lenclume : Diaporama Lenclume

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Short short's story
(une histoire à chutes)

Un homme sans problèmes entre dans un magasin pour s'acheter un short. Comment en sortira-t-il ? Sera-t-il encore admis dans la société ? Une fable sur la chute rapide qui peut surprendre chacun.

Extraits :

« (...)
« Peau de banane, une fois renversé, ça rime avec manque de pot. C'est ce qui me vient à l'esprit, le cul par terre, à deux pas de l'épluchure bananière. Je l'ai choisie avec soin ma pelure, elle est ferme et épaisse, son jaune vif est tacheté à point d'îlots brunâtres. Je ne veux pas faire pauvre, je ne suis pas pauvre. J'ai étalé avec soin sur le trottoir mon arme végétale, mon étoile à quatre branches, mon avenir à moi.

(...)

Ce matin, j'ai fait une grande découverte sur les gens de la cité : ils ne voient pas ceux qui sont tombés, ceux qui vivent sur le sol. Leurs regards portent trop loin à l'intérieur d'eux-mêmes. Si les déchus savent garder les épaules voûtées et la tête basse, ils peuvent se lever un peu et être aperçus, ils peuvent sans « merci ! » obtenir la grâce d'une pièce ou deux. Mais s'ils se redressent totalement, s'ils lèvent la tête, leur image s'approche de celle qu'un destin fort probable réserve aux debouts. Ils nuisent. La police chasse les ombres trop droites.

(...) »
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Couloir à Grande Circulation

Un lézard traverse un couloir et entraîne l'observateur aux frontières de la raison, au-delà des limites du possible. Juste au-delà.

Extraits :

« (...)
Là, en face, il y avait deux tours. L'une à côté de l'autre. Là, sous mes yeux. Deux tours, elles étaient.
Ce matin il n'y en avait qu'une.
Une ?
(...)

Tout de même, les lézards étaient de grands bâtisseurs.
De retour sur le balcon, je prouvai la richesse de mon vocabulaire en répétant le même mot que d'habitude, mais avec « Ah ! Bin ! » devant. Le chemin de fer Lille-Tournai, qui passe au pied de l'immeuble, n'avait plus qu'une voie. Dans un sens c'était économique, mais dans l'autre je ne comprenais pas. Il n'y avait pas besoin de tant d'acier pour construire une tour. Ou alors je ne m'y connaissais pas.
Je ne m'y connaissais pas, soit. Mais le béton et les mosaïques, ils ne les avaient pas pondus, les lézards !
Encore que ça ponde les lézards.
Mais pas de béton, ni de mosaïques. Ça j'en étais sûr.
J'allai regarder dans le dictionnaire.
(...)

Je restai là un moment, pour réfléchir. C'est comme ça que je réfléchis le mieux. Appuyé sur du solide. Puis, vous savez ce que c'est, on réfléchit, on réfléchit, et à force de rien trouver, on devient distrait. C'est comme ça que je l'ai vue. Tout en haut dans le coin. Une lézarde.
(...)

«Le Lézard» traverse le couloir.
J'ai trouvé un nom au lézard, je l'ai appelé «Le Lézard».
Comme le chien de Columbo («Le Chien» il s'appelle, lui, c'est pas tout à fait pareil).
Moi, je commence à aimer «Le Lézard», et je doute fort qu'en fait les lézards y soient pour quelque chose dans la construction de la tour et puis tout ça. Pas «Le Lézard» en tout cas. Je lui ai filé tous mes outils (un tournevis Bonux, une paire de ciseaux). Il a rien su faire. Le mur est toujours là, et nous aussi. Faut dire à sa décharge que de casser un mur avec un tournevis et des ciseaux (mes outils), à travers une porte fermée, je saurais pas faire.
Mais merde, c'est justement pour ça que je le lui demande !
Ou alors, il a pas faim.
Ça mange quoi, un lézard ?
(... )»

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