La Voix du Nord du jeudi 17 janvier 2002
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Immersion

Un mois durant, l'Escapade donne carte blanche à l'association La Pluie d'Oiseaux, portant haut les couleurs de la culture kurde

Sans Etat, mais avec une âme grosse comme ça !


Le concert, intime et intimiste, de l'instrumentaliste kurde Osman Sarkar marquait hier le coup d'envoi d'un mois consacré à une culture aussi riche qu'elle demeure pourtant méconnue du grand public.

Celle à laquelle ont donné naissance, il y a quelque 5 000 ans, une ribambelle de tribus nomades, qui seront à la source de cultures fondamentales :

l'écriture, c'est eux ; la mythologie, c'est encore eux. Eux ? Les Kurdes. Privés d'Etat, mais non dénués d'une âme, à vrai dire aussi profonde que sensible, rencontre avec un peuple pour lequel la pratique artistique, plus qu'un mode d'expression, est un vrai instrument de survie...

L'Escapade (en collaboration avec la médiathèque, qui accueille les manifestations) a ainsi donné carte blanche, un mois durant, à l'association La Pluie d'Oiseaux (que l'on connaissait déjà pour ses fameuses Conturlures) pour accompagner le grand public dans ce voyage dans le temps et dans l'espace.

La Pluie d'Oiseaux : en voilà un drôle de nom... ! Pour comprendre le pourquoi du comment, il faut remonter à la genèse de cette association éponyme, née de la rencontre entre une peintre (Edith Henry), un conteur (Bertrand Foly) et un artiste kurde, Rebwar, vivant aujourd'hui à Londres (réfugié politique).

Ayant fui l'oppression du régime irakien de Saddam Hussein, il a choisi de lutter avec ses armes : la peinture et l'écriture. Avant de rejoindre l'Europe, Rebwar a connu des bombardements chimiques, sur le village de Sergalou. Là où, un jour, il a vu les oiseaux tomber un par un du ciel. Contaminés. Asphyxiés.

D'où La Pluie d'Oiseaux...

Concert, donc, mais aussi exposition, spectacle et contes sont au programme de ce mois kurde.

Tout le mois, une exposition, « Colour&word »... « Parfois, la peinture se nourrit des oeuvres des poètes, et vice et versa. Les exemples de poèmes mis en dessins ou de peintures inspirant les poètes ne manquent pas, mais les oeuvres demeurent souvent ponctuelles et sans lendemain. »

C'est pourquoi Rebwar a souhaité aller plus loin dans cette interaction. Il a d'abord réalisé 600 dessins au format 14x19 cm. Avant de les envoyer de par le monde, à un réseau d'auteurs et écrivains kurdes, hébreux, français, anglais, italiens, espagnols, hollandais, allemands, polonais, indis, chinois, suédois, iraniens ou encore américains...

Avec une mission incombant à chacun de ces destinataires : prendre le dessin comme un terrain totalement libre et y laisser courrir leur imagination. Ecrire autour, dessus, dessous, s'y promener, enjamber les lignes, les contourner, se mélanger aux couleurs, s'y fondre ou tout recouvrir... Bref, donner naissance à un dessin-poème unique et original.

Ce sont plus de 300 de ces dessins ainsi animés qui composent l'exposition « Colour&word ». Une somme de petites oeuvres, livrant au final une énorme, universelle, empruntant à diverses langues et langages, utilisant tous les alphabets et arborant toutes les couleurs du monde.

Ces dessins-poèmes ne seront pas vendus, mais offerts dans quelques mois au musée d'art contemporain kurde, « le premier musée pour une nation sans Etat ».

Les 22 et 23 janvier, à 20 h 30, un spectacle, « Inanna »... Il y a 5 000 ans naissait... l'écriture. Sous l'influence de deux des plus anciennes civilisations connues : les Sumériens et les Akkadiens. Ces deux peuples de Mésopotamie (grosso modo l'Irak actuel) gravaient des signes en forme de clous sur des tablettes d'argile. Un travail qui fournira leur inspiration aux grecs anciens (L'Iliade) et aux hébreux (La Bible).

Quelques 2 000 ans plus tard, la mythologie sumérienne atteignait son apogée. Parmi les puissances divines, Inanna... Déesse de la guerre, mais aussi de l'amour, aux multiples facettes, Inanna est fertilité, mère, femme, amante... Au Panthéon, elle est la reine et n'a pas de semblable. Par contre, en enfer, il y a Ereskigal (Querelle), à laquelle elle se mesure. Inanna meurt. Que deviendra la terre sans amour ?

Un conte envoûtant, dont les mots (lus par Bertrand Foly), que l'on écoute bouche bée et le regard perdu dans les songes, plongent tout au fond des oreilles. Pour ne pas en ressortir. Un conte captivant, auréolé d'une musique gracieuse (distillée par Osman Sarkar), capable d'emmener l'imagination dans des contrées jusqu'alors inconnues. Un conte ensorcelant, dans lequel évolue encore une artiste-peintre voluptueuse, dont le pinceau met en forme les mots, la musique, les couleurs, les héros heureux ou malheureux, leurs rencontres, leur folie, leur sagesse. Allez, fermez les yeux, c'est parti...

A l'occasion de la traditionnelle Heure du conte, mercredi 6 et samedi 9 février (à 16 h 30), Edith Henry et Bertrand Foly seront à nouveau à l'affiche. Ils animeront, contes kurdes à l'appui, cette manifestation chère aux enfants.

H. F.

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