Wazemmes - Beijing
Parce qu'ils sont les ambassadeurs d'une scène artistique en plein essor, une visite s'impose à Ma Han, Yi Ling et Ling Fei, trois artistes chinois venus des environs de Pékin pour une résidence de quelques semaines à Wazemmes. Logés chez l'habitant, ils travaillent et exposent au Centre d'arts plastiques et visuels de la rue des Sarrazins, jusqu'au 17 avril.
A l'image du pays en général, la scène artistique contemporaine chinoise est en pleine effervescence mais pratiquement inconnue du grand public français. Pour remédier à cette lacune, le Centre d'Arts Plastiques et Visuels de Wazemmes, en partenariat avec l'association la Pluie d'Oiseaux, a proposé à trois artistes chinois de la nouvelles génération de venir s'installer en résidence à Wazemmes, et d'y montrer leurs travaux réalisés sur place. En somme, un vrai échange de points de vue puisque, tandis que le visiteur pose le regard sur les propositions des trois artistes, en se demandant, tel un petit Montesquieu, « comment peut-on être un artiste chinois ? », les oeuvres qui lui font face interrogent, elles, dans le langage de l'art, l'être occidental et le plus spécifiquement lillois. Et le dialogue s'établit sans problème.
Une finesse prochr de l'effacement
Ce que révèlent les travaux de Ma Han, Yi Ling et Ling Fei, c'est d'abord la liberté de ton et l'ouverture d'esprit de ces artistes âgés de 35 à presque 50 ans, leur aptitude à s'inspirer du modèle de l'art contemporain occidental - qui, parce qu'il a longtemps bénéficié d'un contexte beaucoup plus favorable, a quelques longueurs d'avance - en y apportant un regard neuf.
Les trois hommes travaillent dans des styles et des directions diverses : la peinture pour Yi Ling, la photo et l'installation prises dans des sens très différents pour Ling Fei et Ma Han, mais on trouve chez tous trois de l'humour, de la subtilité et une manière douce de venir à la rencontre du regard. Cette finesse proche de l'effacement pourrait presque être prise pour un manque de confiance en soi tant nous sommes habitués, sur la scène occidentale, à ce que l'artiste soit avant tout radical. Ce serait certainement à tort ; si l'on en juge par cette prise de contact prometteuse, l'art contemporain chinois, comme en son temps la peinture classique chinoise, pourrait bien avoir quelque chose à nous apprendre sur la façon de mettre l'oeuvre d'art en rapport harmonieux avec la réalité qui l'entoure.