Elle est prenante. Interpelle. Fait passer des images et des messages. L’exposition « colour and Word » de l’artiste Rebwar à la bibliothèque de Loos-en-Gohelle, est fascinante.
"Ce matin, quand on s’est levés, les oiseaux avaient été informés trop tardivement des bombardements chimiques. Tous ensemble, ils essayaient de se sauver, mais où ? Nul ne le sait… " Le début de ce témoignage, rédigé en 1987 par Rebwar, un kurde d’Irak aujourd’hui âgé de 41 ans fait frissonner. Les premiers êtres à mourir lors du gazage chimique au Kurdistan, là dans cette région de Sergalou, furent bien les oiseaux. Sur terre, les gens devinrent aveugles avant de suffoquer. Sans retour possible à la vie. Ce texte fort de Rebwar a suscité la création d’une association au nom évocateur, La Pluies d’Oiseaux, pour faire connaître au monde le calvaire subi par les kurdes.
Réfugié politique en Angleterre, Rebwar a eu l’idée de peindre des formes et des visages sur des centaines de petits formats verticaux. Il les a ensuite adressés à deux cents poètes et écrivains du monde entier, qui ont laissé cours à leur imagination en écrivant des messages de soutien. A Loos-en-Gohelle, dans le cadre de « Lire en fête », trois cents de ces peintures-poèmes constituent cette exposition originale.
Cette expo itinérante est de la même veine que la gigantesque fresque peinte qui pourrait mesurer maintenant six kilomètres, pour l’instant conservée à Lille :le but est de rassembler les œuvres dans un musée de Sulaimany, au Kurdistan.
Florence Devassine, responsable de la bibliothèque , nous livre ses impressions : " Les collégiens sont surpris de lire tous ces messages dans différent alphabets : en français, en anglais, en chinois, en hébreu même. Les visiteurs notent également que chaque peinture comporte un regard. "
Partout des regards comme si les gens voulaient crier leur colère.
"Colour and Word"... "Couleur et mots", en français. Deux termes qui imposent leur puissance, de la même manière que ces teintes chaudes choisies par Rebwar. La gouache, l’huile et l’encre renforcent les traits de douleur.
"Aux enfants, j’explique que la dictature ne permet pas la connaissance, poursuit Florence Devassine. Les écoles, les bibliothèques sont bannies. Cette exposition leur montre que la peinture et la littérature peuvent se montrer plus puissantes que les armes classiques. "
Cet après-midi, la bibliothécaire animera un atelier d’écriture et d’arts plastiques autour de cette exposition. Et vendredi soir, Edith Henry et Bertrand Foly présenteront CONTURLURES, un spectacle où l’on peint ce que le conteur raconte, la peinture…On peut imaginer une extrapolation du douloureux témoignage de Rebwar, mais avec des histoires de chez nous, sans doute moins effroyables.