Version française - English version |
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Le projet de constituer une exposition de portrait sous forme de triptyques (une photo, un texte, une oeuvre picturale ) est né de la rencontre de femmes militantes dans des associations et d'Olivier Touron lors de son séjour au Kurdistan en Mars 2002. Avec l'association KWAHK (qui agit contre le crime d'honneur) l'association la Pluie d'Oiseaux pilote ce projet. Nous sommes relayés au Kurdistan d'Irak par Tahlar et le CCIF (Centre Culturel et d'Information des Femmes - Slémani) et le peintre Samy. Les premières photos nous sont parvenu par courriel dès le mois de mai 2002. |
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Des récits de vies
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| "Elles ont entre 7 et 54 ans. Elles portent en elles toutes la souffrance du peuple kurde : emprisonnement, torture physique et psychologique, déportation, vie dans les camps de réfugiés, bombardements chimiques, exode et génocide. Leur histoire témoigne d'une des tragédies humaines les plus graves du 20e siècle. Ces histoires ne sont pas seulement l'histoire de Rezanne, de Nasrine ou de Shilane, leur histoire est l'histoire de tous les Kurdes. Bien que principalement victimes d'un régime fascistes qui est coupable de crimes contre l'humanité, crimes de guerre et de génocide, ces femmes sont aussi victimes du système patriarcal kurde. Leur corps, leur esprit et leur vie sont la propriété des hommes de la famille et de la communauté qui les assujettissent avec une violence pas moins horrible que celle de système d'état. Reste à ajouter que bien que victimes, ces femmes résistent aussi à leur manière : elles sont écrivaines, chef d'un groupe armé féminin, musicienne, mères gagnant la vie de leur famille après la disparition de plusieurs membres de celle-ci. Elles se battent quotidiennement pour la vie et contre l'injustice et la répression. Le fait même d'embrasser la vie chaque matin et d'accepter de continuer à vivre et d'aller au delà de leur douleur est une forme de résistance qui mérite d'être pris comme model. Ces femmes actrices principales du projet Vies de Femmes, Vues d'Artistes, nous font apprendre la vie en profondeur." Nazand Begikhani (KWAHK) |
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Le témoignage d'Olivier Touron, janvier 2003 |
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Pour communiquer sur le sort des femmes kurdes d'Irak, Talar Nader, une militante féministe, mobilise ses consoeurs peintres pour monter une exposition à destination de l'Europe.
A Guilazarda, petit village kurde au nord de l'Irak, en janvier 2003. Talar Nader n'est même pas surprise quand Myriam lui confie ce secret. La militante du Centre Culturel d'Information des Femmes du Kurdistan d'Irak (CCIF) basé à Soulaimany, à trois cents kilomètres au nord de Bagdad, ne compte plus les histoires malheureuses de ses compatriotes. |
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Elle rencontre des femmes et leur demande de dessiner un oiseau. |
Puis elle les prends en photo avec leur dessin. elle écrit un court récit de la vie de chacune de ces femmes. Elle transmet les dessins d'oiseau, les récits et les photos à des peintres. |
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En mars 2002, alors que je me rends pour la deuxième fois au Kurdistan d'Irak, pour l'association culturelle La Pluie d'Oiseaux, je suis interpellé lors d'une conférence par les représentantes du CCIF. " Nous voudrions faire savoir aux européens la réalité de notre vie ". De cette rencontre naît le projet " Vies de Femmes, Vues d'Artistes " : des femmes raconteront leur histoire et dessineront un oiseau les représentant. Un portrait photo accompagnera le texte et le dessin et le tout sera confié à une artiste kurde pour qu'elle en réalise une oeuvre picturale. |
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" Puis je me suis concentrée sur les crimes d'honneur ", poursuit Talar. En 88, à la fin du gazage de la ville, elle a fui vers Hawar, le village de sa famille. Ce petit village des montagnes de la région frontalière avec l'Iran est berceau de la religion Kakaï. Antérieure aux rites monothéistes, cette pratique religieuse s'appuie sur la devise " Ce que tu penses, dis le. Ce que tu dis, fais le ". Elle prône l'ouverture et la tolérance. Cette éducation a marqué Talar. Cela a nourri son aversion pour les crimes commis contre les femmes kurdes par leur mari, leur frère ou leur cousin au nom du code de l'honneur. " Ici, tu peux voir un homme frapper sa femme dans la rue et la police ne pas réagir. Mais un couple non marié se tenir par la main, s'embrasser ? impossible ! " Pour étayer son propos, Talar me montre une photo du projet, le portrait de Naschmil. De père arabe et de mère kurde, Naschmil était épileptique, psychologiquement perturbée. Toute petite, elle était obligée de faire la manche. Elle la faisait encore récemment aux enterrements dans le cimetière. Ses parents l'ont forcée à se prostituer. En fugue lors de sa rencontre avec Talar, elle a dit qu'ils la tueraient si elle retournait chez elle. Elle y est retournée. Elle a été tuée. " Au Kurdistan d'Irak, l'individu n'existe pas encore. Pour une femme, c'est très dur de vivre sa vie ". |
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De Halabjah au sud du Kurdistan irakien près de la frontière iranienne, à Balissan au nord, Talar a fait des centaines de kilomètres pour réaliser ces portraits et interviews. Beaucoup de femmes rencontrées ont eu peur de voir leur photo publiée. Elles ont parfois refusé de témoigner par peur des représailles . D'autres ont joué le jeu à fond comme l'écrivaine Shiren ou l'actrice Begert. Ce travail a permis à Talar de récolter une quarantaine de " vies ", souvent dramatiques, parfois joyeuses. " Mais ce qui m'a le plus motivée, c'est l'approche poétique" avoue Talar. De formation artistique, en sculpture, Talar a apprécié de mettre en phase sa vocation et son militantisme. " Demander à ces femmes de dessiner un oiseau était une façon originale de les rencontrer". Au Kurdistan, les oiseaux sont respectés et aimés. Ils symbolisent la vie et la liberté. Une part importante des femmes sollicitées ne savait pas lire ni écrire correctement. |
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Samy, le seul homme kurde de l'aventure, est directeur artistique du projet. Journaliste pour la chaîne culturelle Kurdsat, la trentaine dynamique, et fin connaisseur du milieu de l'art kurde, Samy a cherché les femmes artistes qui pourraient répondre au projet. Douze ont été retenues. Talar et Samy leur ont présenté les interviews, les dessins d'oiseaux et les portraits pour qu'elles se les approprient, les traduisent avec leur subjectivité et leur style. Rapidement, l'oiseau est devenu le lien formel entre les artistes et les femmes témoins. Mais un lien plus invisible les réunissait déjà, celui d'être des femmes kurdes. Certaines de ces femmes peintres, comme Narmeen, sont encore à l'Université. Leurs ressources sont limitées. Ancien animateur d'un centre pour jeunes avec l'ONG française Dia, Samy a fait tout son possible pour permettre à ces artistes de créer dans les meilleures conditions possibles. Le choix des femmes témoins opéré par Talar a été transcendé par le travail des femmes peintres choisies par Samy. Il est bientôt midi. Samy, Talar et toutes les artistes sont réunis à Soulaimany dans le hall de l'hôtel Ashti, l'hôtel de la paix. Je dois bientôt repartir en France et vais prendre possession de leurs oeuvres. Moment d'émotion. Pendant des mois nos associations ont été en contact via internet et le chat de msn-messenger. Je l'ai suivie lors d'une de ses interviews à Guilazarda. "'S'il vous plait, dessinez moi un oiseau ". Nous sommes en janvier 2003 et les bruits de bottes résonnent aux portes de l'Irak. Bientôt, les oiseaux des femmes kurdes d'Irak s'envoleront dans la soute, protégés par des oeuvres fortes, pour se poser en France. Ils s'exposeront à tous pour témoigner d'une réalité qui dépasse les guerres, depuis toujours. Le combat des femmes kurdes ne fait que continuer. |
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"DEVENIR" avec France Liberté - Fondation Danielle Mitterrand et l'Envol d'Alcyone |
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![]() Danielle Mitterrand et Nazand Begikhani devant Vies de Femmes/Vues d'artistes |
Les 10 et 11 octobre 2003, les association KWAHK et la Pluie d'Oiseaux ont été invitées au colloque "Devenir - Pour une culture de la paix et du développement durable" (avec entre autre Albert Jacquard, Pierre Rabhi, Jean-Louis Etienne, Guy Hascoët, Nicolas Hulot, Marcho Doryila, le Dalaï Lama,...) par la Fondation Danielle Miterrand - France Liberté.
Ce fut l'occasion de montrer les prémices de l'exposition "Vies de Femmes/Vues d'artistes" et de prendre la parole lors d'une table ronde sur le thème de la Liberté. |
![]() Danielle Mitterrand, Nazand Begikhani, Edith Henry et Mylène Sauloy |
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KWAHK (Kurdish Women Action Against Honour Killing) est un réseau d'organisations féminines, qui travaillent pour les droits des femmes kurdes. Il a été créé en Mars 2000. L'objectif principal de KWAHK est de réveiller la conscience nationale et internationale sur les questions de la violence contre les femmes dans la communauté kurde au Kurdistan et dans la diaspora. Elle cherche aussi a identifier les stratégies et les procédures légales pour combattre les différentes formes de violence contre les femmes kurdes, en particulier les crimes d'honneur.
Kwahk s'est engagé auprès de la Pluie d'Oiseaux dans le projet «Vies de Femmes / Vues d'Artistes». |
![]() le site de Kwahk (en anglais) |
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Les Diaporamas de la Pluie d'Oiseaux et du Kurdistan
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